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Combien de Français ont des cryptos ? 93 % contre 11 %

Publié le 2026-09-11 · Le blog Bloqo

Infographie illustrant : Combien de Français ont des cryptos ? 93 % contre 11 %

Vous vous demandez combien de Français possèdent réellement des cryptomonnaies, et vous soupçonnez que la réponse est plus basse que ce que laissent croire les conversations de fin de repas. Vous avez raison. Il existe deux chiffres, ils viennent de la même enquête, et c'est la distance entre les deux qui est intéressante. Voici ce qu'ils disent, ce qu'ils ne disent pas, et pourquoi le fossé est aussi large.

93 % en ont entendu parler, 11 % en détiennent

Selon le Baromètre ADAN/KPMG 2026, 93 % des Français déclarent connaître au moins un actif numérique. Selon la même source, 11 % déclarent en détenir. Les deux chiffres vont ensemble : ils sortent de la même enquête, posée aux mêmes personnes, au même moment. C'est ce qui permet de les comparer sans tricher.

Autrement dit : presque tout le monde a croisé le mot. Une petite minorité est allée plus loin. Entre les deux, il y a une immense zone grise — des gens qui savent que ça existe, qui ne sauraient pas l'expliquer à un enfant, et qui n'ont aucune intention particulière de s'en approcher. Cette zone grise, c'est la France réelle sur ce sujet.

L'écart entre ces deux chiffres est la chose la plus instructive de toute l'enquête. Il dit qu'un sujet peut être partout dans le paysage et nulle part dans les têtes.

Ce sont des chiffres déclaratifs, et ça change leur lecture

Précision qui compte : ce sont des réponses à une enquête. Personne n'est allé regarder les comptes des Français pour vérifier. On a posé une question, les gens ont répondu ce qu'ils ont bien voulu répondre, ou ce qu'ils croyaient vrai.

Ça tire dans les deux sens. Certains déclarent « connaître » un actif numérique alors qu'ils ont simplement vu passer le mot bitcoin au journal télévisé. À l'inverse, des personnes qui en détiennent préfèrent peut-être ne pas le dire, par pudeur ou par méfiance envers l'enquêteur.

Un chiffre déclaratif mesure ce que les gens disent, pas ce qu'ils font. Ça n'en fait pas un mauvais chiffre : ça en fait un chiffre qui décrit un état d'esprit plutôt qu'un inventaire.

Le mur du vocabulaire

Essayez de suivre une conversation sur le sujet pendant deux minutes. Blockchain. Wallet. Clé privée. Phrase de récupération. Stablecoin. Protocole. Plafond de 21 millions d'unités. Rien n'est traduit, rien n'est introduit, et tout arrive en même temps. Le vocabulaire est anglais, technique, et il suppose que vous connaissez déjà la moitié des réponses.

Le plus gênant, c'est que les mots les plus trompeurs sont ceux qui paraissent les plus familiers. « Wallet » se traduit par portefeuille, ce qui fait penser à un porte-monnaie — alors que l'objet ne contient pas d'argent. Il contient de quoi prouver qu'on a le droit de déplacer une ligne inscrite ailleurs. Tant que ce détail n'est pas dit en français simple, l'interlocuteur décroche — et il a raison : on ne lui a rien expliqué, on lui a récité.

C'est une grande part de l'écart entre les deux chiffres. Connaître n'est pas comprendre. Et tant qu'on ne comprend pas, on ne touche pas — ce qui est, au passage, un réflexe plutôt sain. Avant même de se demander qui en détient, il faudrait pouvoir comprendre ce qu'est une blockchain, sans jargon : c'est la brique posée sous tout le reste, et personne ne la pose jamais en premier.

Deux autres raisons de rester à distance

La peur de l'arnaque, et elle est fondée

Demandez à quelqu'un pourquoi il n'a pas de cryptomonnaie. La réponse parle rarement de technique. Elle parle d'arnaque.

Ce réflexe n'est pas de la paranoïa. Le secteur a produit, et produit encore, une quantité considérable de faux sites, de faux conseillers très aimables au téléphone, de messages qui promettent l'impossible. Beaucoup de gens connaissent quelqu'un qui s'est fait avoir. L'image publique du sujet s'est construite là-dessus.

Résultat : dans beaucoup d'esprits, « crypto » et « arnaque » sont deux mots qui voyagent ensemble. C'est injuste pour la partie technique du sujet, mais compréhensible. C'est aussi réversible, parce que les tentatives d'escroquerie sont étonnamment répétitives : apprendre à reconnaître les signaux d'une arnaque crypto fait bien plus pour la tranquillité d'esprit que n'importe quel discours rassurant.

« C'est trop tard » et « c'est pour les autres »

Deux phrases reviennent en boucle. La première suppose que le sujet serait un train qu'on aurait raté. C'est une façon de voir purement financière — et, au passage, une bonne raison de se méfier de ceux qui l'emploient pour vous presser. Mais comprendre comment fonctionne un registre partagé, pourquoi l'idée est née à la fin des années 2000, ce que l'Europe en fait aujourd'hui avec ses propres règles : rien de tout cela n'a de date de péremption. On peut apprendre à lire une carte longtemps après que la route a été tracée.

La seconde est plus sournoise. Elle sous-entend : pour les jeunes, pour les initiés, pour les gens à l'aise avec la technique. C'est un sentiment d'illégitimité, et il s'auto-entretient — comme on ne comprend pas, on n'ose pas demander ; comme on n'ose pas demander, on continue de ne pas comprendre. Les 93 % disent que le sujet est arrivé jusqu'à tout le monde. Les 11 % laissent penser qu'il n'a presque été expliqué à personne.

On en parle comme d'un placement ou comme d'un scandale

Repensez à la dernière fois que vous avez vu le sujet traité quelque part. Il a probablement pris l'un des deux registres habituels. Le registre financier : ça monte, ça descend, untel a fait fortune, untel a tout perdu. Le registre judiciaire : une plateforme s'effondre, une enquête est ouverte, des victimes témoignent.

Les deux registres sont légitimes. Mais il en manque un troisième, et c'est le plus utile : le registre technique. Qu'est-ce que c'est, concrètement ? Un fichier partagé entre des milliers d'ordinateurs. Qui écrit dedans ? Comment empêche-t-on d'y écrire n'importe quoi ? Pourquoi ça met une dizaine de minutes plutôt qu'une seconde ? Ces questions ne sont pas financières : elles relèvent de la culture générale, au même titre que savoir à peu près ce qui se passe quand vous faites un virement bancaire.

Tant que ce troisième registre manquera, l'écart restera. On ne demande pas aux Français de comprendre un objet : on leur demande de choisir un camp, pour ou contre, alors qu'ils n'ont même pas les mots. C'est exactement à ça que sert un guide de culture générale : remettre des mots simples sur des choses qu'on n'a décrites, pendant des années, que par leurs effets.

En résumé

  • 93 % des Français déclarent connaître au moins un actif numérique — Baromètre ADAN/KPMG 2026.
  • 11 % déclarent en détenir, selon la même source.
  • Ce sont des chiffres déclaratifs : ils mesurent des réponses à une enquête, pas des comptes vérifiés. Ils décrivent un état d'esprit.
  • L'écart entre les deux s'explique surtout par le vocabulaire, la peur de l'arnaque et un sentiment d'illégitimité.
  • Connaître le nom d'une chose n'est pas la comprendre — et la comprendre n'oblige à rien du tout.
  • Comprendre un objet technique n'a pas de date limite : « c'est trop tard » ne vaut que si l'on parle d'argent, pas de savoir.

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Cet article est un contenu de culture générale. Il n'est pas un conseil en investissement, ne recommande aucun actif et ne promet aucun rendement.