Que deviennent vos cryptos en cas de décès ? Transmettre sans se faire voler
C'est une question que personne n'aime poser et que beaucoup finissent par se poser : si je disparais demain, que deviennent mes actifs numériques ? La réponse dépend entièrement d'un point que la plupart des gens n'ont jamais clarifié — où sont les clés. Cet article n'est pas un conseil juridique ; il explique le mécanisme, pour que vous puissiez en parler avec un notaire ou un proche en sachant de quoi il s'agit.
Le problème n'est pas la valeur, c'est la clé
Sur un portefeuille personnel — celui que vous gérez vous-même, sur un appareil ou une clé matérielle — vos avoirs ne sont « dans » aucun objet. Ils sont inscrits sur un registre public, et ce qui permet de les déplacer, c'est une clé privée. Cette clé est régénérée par une phrase de récupération, une suite de mots que nous décrivons dans notre article dédié.
Conséquence sans appel : si personne d'autre que vous ne connaît cette phrase, personne ne pourra jamais rien récupérer. Ni vos héritiers, ni un notaire, ni un tribunal. Il n'existe pas de service à contacter, pas de formulaire, pas de recours. Ce qui fait la force du système — aucun intermédiaire — fait ici sa dureté.
Deux situations très différentes
Il faut distinguer deux cas, parce que tout le reste en découle.
Si vos actifs sont sur une plateforme d'échange agréée — un compte chez un prestataire, avec identifiant et mot de passe — la situation ressemble à celle d'un compte bancaire. Vos héritiers peuvent se présenter avec un acte de décès, la plateforme a des procédures de succession, et depuis le 1er janvier 2026 ces prestataires collectent de toute façon les données de vos opérations pour les transmettre au fisc à partir de 2027 (c'est le cadre DAC8, expliqué dans notre article sur cryptos et impôts en 2026). Ces actifs entrent donc dans la succession comme n'importe quel autre.
Si vos actifs sont sur un portefeuille personnel, rien de tout cela n'existe. La seule transmission possible est celle de la phrase de récupération elle-même, par vos soins, de votre vivant.
Ce qu'il faut organiser
Le principe est simple : une personne de confiance doit pouvoir, le moment venu, trouver la phrase et savoir quoi en faire. Concrètement, cela passe par un support physique — du papier, une plaque métallique — rangé à un endroit connu de cette personne, accompagné d'une marche à suivre courte : quel portefeuille, quelle application, comment restaurer.
Certains vont plus loin et séparent la phrase en deux parties, conservées en deux lieux différents, pour qu'un seul cambriolage ne suffise pas. D'autres passent par un notaire pour l'enveloppe scellée. Chaque option a ses contraintes ; aucune ne dispense de la règle qui suit.
Ce qu'il ne faut jamais faire
La tentation, pour « sécuriser » la transmission, est de photographier la phrase, de l'envoyer par mail à un proche, de la ranger dans une note sur le téléphone ou dans une messagerie. C'est exactement ce qu'il ne faut pas faire. Une phrase de récupération qui a transité par un service en ligne est une phrase compromise : elle est copiée, sauvegardée, potentiellement lue.
Et la règle absolue reste la même que de votre vivant : personne de légitime ne vous demandera jamais cette phrase. Un « service de succession », un « support » ou un « notaire numérique » qui la réclame n'existe pas. Les autres formes de ce piège sont décrites dans les signaux qui trahissent une arnaque crypto.
Le portefeuille dont personne ne connaît l'existence
Le cas le plus fréquent de perte n'est pas le vol. C'est le portefeuille personnel dont les proches ignorent jusqu'à l'existence. Une clé matérielle dans un tiroir, une application sur un téléphone effacé, une phrase sur un papier jeté avec le reste. Aucune valeur n'est récupérée, parce que personne ne savait qu'il y avait quelque chose à récupérer.
Dire à une personne de confiance « il y a un portefeuille, voici où est la phrase » est la mesure la plus simple et la plus efficace. Elle ne coûte rien et elle règle l'essentiel.
À retenir
- Sur un portefeuille personnel, la phrase de récupération est la seule clé : sans elle, rien n'est récupérable, par personne.
- Sur une plateforme agréée, vos actifs se transmettent comme un compte bancaire, et ils sont connus du fisc via DAC8 à partir de 2027.
- Transmettre = un support physique, un lieu connu d'une personne de confiance, une marche à suivre courte.
- Jamais de photo, de mail, de note en ligne : une phrase passée par un service est une phrase compromise.
- Le risque n° 1 n'est pas le vol, c'est le portefeuille dont personne ne connaît l'existence.
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